La nouvelle théorie de la référence :
Marcus ou Kripke ?

 

Introduction

En 1972, dans les conférences qui devaient constituer la matière du fameux Naming and necessity, Kripke, philosophe logicien prodige encore jeune, semble révolutionner la « théorie de la référence », faisant d'un coup percevoir comme obsolète ce qu'il présente comme la « théorie de la référence de Frege et Russell », qui décrit selon lui le nom propre comme « description définie déguisée ». Le dernier avatar de cette vision des choses est la « théorie du faisceau », que Kripke prend soin de réfuter complètement. En gros, là où les premiers, auraient considéré, par exemple, que le nom Bismarck équivaut en fait à une description définie telle que le premier chancelier allemand, et, leurs successeurs, à une conjonction plus ou moins complexe de propriétés (un « faisceau »), Kripke présente un nom propre comme irréductible. L'idée n'est en elle-même pas nouvelle mais Kripke l'intègre dans une théorie cohérente qui balaie les objections traditionnelles. En particulier, il résout les paradoxes en séparant soigneusement les plans logique et épistémique.

L'une des difficultés que pose le nom propre irréductible est l'impossibilité de rendre compte de phrases telles que Jean sait que Napoléon est en fait Bonaparte : si les noms propres Napoléon et Bonaparte sont irréductibles, alors ces noms désignent tous deux le (même) personnage et ce que sait Jean, au niveau sémantique, est simplement le fait que ce personnage est bien lui-même. Or, cette phrase n'est pas perçue comme tautologique ; c'est donc que le nom propre (usuel) ne se réduit pas à un tel nom propre logique, c'est-à-dire qui désigne son objet comme une constante dans la logique formelle, de façon parfaitement transparente, le signifiant (la chaîne de caractères Napoléon) s'effaçant totalement au profit du signifié (l'objet qu'on appelle ainsi). Si le nom propre usuel n'est pas un nom propre logique, Russell propose de le poser comme équivalant à une description définie (logique) : si Napoléon est l'Empereur en 1805 et que Bonaparte est le commandant de l'armée d'Italie en 1797 alors il n'est effectivement plus évident que Jean sait que Napoléon (= l'Empereur de France en 1805) est en fait Bonaparte (= le commandant de l'armée d'Italie en 1797). Pour Kripke, le nom propre n'est pas un nom propre logique, mais il n'est pas pour autant synonyme d'une telle description définie : il a son existence propre au même titre que tout autre mot élémentaire (rouge, par exemple). En revanche, sur le plan de la connaissance, et dans le cadre de l' « usage social », diverses propriétés pourront être attachées initialement au mot, qui pourront ensuite évoluer au fil du temps. Kripke fonde ainsi la « théorie causale de la référence ».

En somme, Kripke déporte le « faisceau » de propriétés sur le plan épistémique. Le paradoxe évoqué est alors levé en distinguant le caractère tautologique propre à l'énoncé, de l'impression d'évidence qu'il produit, laquelle dépend du locuteur et de la connaissance qu'il a du sens des noms. Cette distinction entre logique et épistémique induit aussi une clarification des couples de notions contingent / nécessaire et a posteriori / a priori, le premier ressortissant à la logique (ou sémantique) et le second à la connaissance. En outre, Kripke montre que ces deux dimensions, que la tradition confond souvent, sont indépendantes : il exhibe une nécessité a posteriori et une contingence a priori. Si chez Kripke la connaissance intervient dans son acception banale, la notion de nécessité est elle fondamentalement précisée : est nécessaire ce qui est vrai dans tous les mondes possibles, ce qui est classique, mais ces mondes sont construits, inventés, postulés, « stipulés », si bien que les individus sont eux aussi « stipulés » et que leur identification à travers les mondes est innée. Il s'ensuit que si Napoléon = Bonaparte alors cette égalité reste vraie dans tous les mondes possibles, puisque les noms y désignent par « stipulation » partout le même individu, et donc que cette identité est nécessaire. Voilà ce que certains appellent l' « argument modal » chez Kripke. Ainsi, Kripke propose une théorie du nom propre intégrée dans une vision du monde clarifiée dont le caractère novateur, ou du moins supposé tel, conforte une immense réputation.

En 1994, au congrès de l'American Philosophical Association (APA), Quentin Smith, professeur à la modeste West Michigan University suscite un certain émoi en contestant à Kripke l'originalité de l'essentiel de ses idées, lesquelles auraient été développées dix années auparavant par Ruth (Barcan) Marcus, philosophe logicien réputé, mais pour ses travaux sur la logique modale. Kripke se serait en fait approprié les idées de Marcus inconsciemment, après les avoir d'abord mal comprises lors d'une conférence en 1963. L'intervention de Smith, assez sommaire, est ensuite commentée et réfutée par l'un des membres du Comité éditorial du colloque, Scott Soames, lui, professeur à la prestigieuse université de Princeton, celle justement de Kripke. Il reconnaît à Marcus certains mérites, mais les relativise par rapport à « l'avancée séminale de Kripke ». Puis, Smith exploite son droit de réponse dans un exposé interminable où il semble malgré tout gagner raison sur certains points. Ces échanges donneront lieu à trois articles publiés dans la revue (anglophone) Synthese. Dans un article ultérieur, Soames répond à la deuxième intervention de Smith, semble repérer des erreurs d'interprétation et des citations douteuses, et paraît à son tour l'emporter. Il est soutenu par deux articles de son collègue John Burgess allant dans le même sens, critiquant fermement les « méthodes de Smith ». Enfin, Smith publie encore deux articles dans lesquels il estime montrer que ce qu'il avait dans un premier temps admis comme original chez Kripke par rapport à Marcus se trouvait avait en fait été anticipé par un autre auteur, Geach. En 1998, un livre dirigé par Humphreys et Fetzer, The New Theory of Reference (NTR), rassemble tous les textes précédents ainsi que deux articles sur des travaux précurseurs tombés dans l'oubli, mais ne prend pas parti.

 

D'abord, puisque les protagonistes invoquent « une théorie de Frege - Russell », on s'attachera à bien définir les théories de Frege et Russell, non pas seulement celles qu'on leur prête, souvent caricaturales, mais celles qu'il ont effectivement défendues. Ce sera l'occasion de passer en revue les différentes notions fondamentales qui interviennent préliminairement. Partant de la notion d'objet sur laquelle on ne s'étendra pas, on observera comment ces auteurs envisagent le passage du signe au référent, le sens frégéen (1.1.1b2) apparaissant comme un intermédiaire important : si les objets désignés sont identiques, et les expressions désignantes différentes, la question se pose d'un sens qui différencierait les deux occurrences et serait tout de même moins conventionnel que le langage, et notamment, indépendant de la langue et débarrassé de ses complications (ici du moins) non pertinentes. Russell présentera une théorie bien différente (1.1.1c) mêlant ontologie et épistémologie, qui sera éclaircie par Quine (1.1.1d) dont le travail de clarification prépare discrètement la conception de Kripke.

La notion de sens précisera la distinction entre nom propre et description définie, déjà anticipée par Mill (1.1.2a) et relevée par Frege (1.1.2b), mais développée et utilisée systématiquement seulement par Russell (1.1.2c), dont il faudra examiner l'évolution des conceptions entre 1900 à 1921 dans toute leur complexité et subtilité, puis Quine (1.1.2e), des idées complémentaires apparaissant chez Geach (1.1.2f) et chez le linguiste Jespersen (1.1.2d). Cela permettra d'apprécier mieux l'intérêt de différencier fondamentalement les noms propres des descriptions définies, mais aussi, d'évaluer dans quelle mesure et sous quelles conditions Frege, Russell ou Quine auraient le cas échéant voulu réduire les noms propres à des descriptions définies. Bien avant Marcus, ces auteurs ont noté le comportements différents dans les « contextes opaques » (1.1.2e1), épistémiques (X sait que…) et aléthiques (il est possible que …), produisant ainsi un « argument modal » en faveur de la distinction, avec toutefois des différences qu'on soulignera avec Geach. Dans certains contextes, la question de cette réduction des noms propres n'est plus seulement un souci formaliste.

Cette distinction formelle conduit à deux façons de désigner un objet, l'une directe, l'autre indirecte, où l'objet est recherché dans le monde réel grâce à une description définie. Cela amène des questions sur le plan épistémique, dans le prolongement des « enquêtes » empiristes, et en particulier, de Hume (1.1.3a). La connexion d'un objet du monde réel à une expression du langage sera implicitement acquise chez Mill (1.1.3b) et ne sera vraiment étudiée qu'avec Russell (1.1.3c), dont le système complexe et subtil sera repris par Geach (1.1.3d), qui l'augmentera de considérations qu'on pourrait croire issues des théories sociales du mot, notamment de Searle (3.2.1b2). Geach s'interrogera sur le cas des noms propres définis comme faisant référence à un objet imaginaire, cas exclu d'emblée par Russell. Cette étude sur la nature des rapports entre les objets du langage et ceux de la réalité assure une transition rhétorique vers l'étude du langage en tant que formalisation du monde.

Le rappel des notions de base de la syntaxe et de la sémantique (1.2.1a) sera important pour préciser en quoi le nom propre pose problème, car une conception floue permet de jouer abusivement sur un plan et sur l'autre au gré des besoins. Ces notions ont déjà été évoquées dans les paragraphes historiques précédents et il serait peu utile, et fastidieux, d'en dresser un tableau historique complémentaire, d'autant que si ces notions interviennent dans la polémique, elles ne sont en elles-mêmes pas un sujet de désaccord sérieux. De même, pour la notion de nécessité, on se contentera d'en préciser les différentes interprétations possibles (1.2.1b) en relation avec les notions précédentes. Ce sera l'occasion d'introduire deux dimensions conceptuelles importantes : connaissance / représentation / réalité et logique / sémantique / métaphysique (1.2.1c) dans le cadre desquelles se définissent l'analyticité et l'aprioricité. Ces notions, avant d'être développées par Kripke (2.2.1b1), seront individualisées par Quine dans ses considérations autour de la synonymie (1.2.1c).

Pour ce qui est de la syntaxe, on fixera le vocabulaire utilisé dans le cadre des logiques formelles (1.2.2a), dont on s'épargnera là encore la récapitulation historique en se plaçant d'emblée dans une vision moderne consciente des divers paradoxes apparus autour de 1930. On exposera de même les concepts de la logique modale et les différents systèmes possibles (1.2.2b), dus pour l'essentiel à C. I. Lewis. On prendra bien soin de distinguer la preuve formelle grâce à un système d'axiomes de la vérité sémantique pour toutes les interprétations (1.2.3a). Cette dernière conduira à un historique détaillé des diverses tentatives pour donner une sémantique à la logique modale, de Carnap à Kripke en 1959 (1.2.3b), qui permettra d'évaluer l'originalité de Kripke avant même Naming and Necessity, notamment avec son très important modèle de 1963 (1.2.3c). Enfin, il faudra préciser les idées sur l'identité et la quantification, et en particulier, les problèmes spécifiques à la logique modale, dont les paradoxes avec la substitution (1.2.4) soulevés par Quine. Ces idées sont fondamentales pour l'étude de Marcus qui veut justement proposer, après Smullyan et Føllesdal, un système où la difficulté se résout. De façon générale, les études de Quine seront le socle commun aux théories de Marcus et de Kripke, qu'on pourra alors aborder d'abord séparément, dans l'ordre chronologique, Marcus puis Kripke, puis, dans le cadre de la polémique, de façon différentielle.

L'étude de Marcus commencera par celle de son fameux article de 1961, présenté en 1963. Marcus cherche à réfuter point par point certaines objections présentées, notamment par Quine et Smullyan, contre la logique modale en général. Elle présente ainsi un système modal muni d'égalités plus ou moins fortes, et d'une relation d'identité qui est en quelque sorte une égalité absolue, qui seule peut assurer la substituabilité dans tous les contextes ; les énoncés d'identité (vraie) sont de ce fait nécessaires. En fait, cette identité est réservée au cas très particulier d'un même objet désigné par deux noms propres (2.1.1a). Là réside la difficulté majeure : si l'égalité est un prédicat comme l'envisage Quine (1.1.1d), portant sur l'objet, il n'est pas possible de discerner l'objet désigné par un nom propre du même objet désigné autrement. Marcus entreprend donc de montrer qu'en logique modale, les noms propres, et les descriptions définies diffèrent en plusieurs points importants (2.1.1b). D'une part, l'égalité est nécessaire si elle est vraie et sa connaissance n'est alors pas empirique. D'autre part, les noms propres pointent leur objet directement, selon la conception de Mill, à laquelle Marcus fait d'ailleurs explicitement référence : ce sont des « tags », en quelque sorte des étiquettes ou des numéros arbitraires, indépendants de toute qualité de l'objet (2.1.1b3).

Cet exposé de 1963 donnera lieu à une discussion animée. Quine reviendra sur la question de l'identité dépendante de la façon dont est désigné l'objet, qui implique selon lui un objet intensionnel ou bien l'essentialisme, c'est-à-dire, précise Kripke, un objet dont les noms propres seraient des propriétés essentielles (2.1.2). Quine énoncera dans une « réponse » d'autres objections importantes, notamment le fait que la découverte de l'identité de deux objets peut être empirique quand bien même ils sont désignés par des noms propres (2.1.3a). Beaucoup plus tard, Marcus aussi aura un « regard en arrière » dans lequel elle tentera de se justifier, et peut-être de réinterpréter les obscurités de son texte en sa faveur (2.1.3b), ce qu'il faudra bien sûr examiner.

Voilà donc le texte de Marcus dont Smith prétend qu'il anticipe le Naming and Necessity de Kripke, dont la problématique et l'angle d'approche sont à vrai dire sensiblement différents. Si Marcus en 1961 répondait à Quine (et, comme elle le mentionnera elle-même dans une réédition, à Smullyan), Kripke annonce en 1972 s'opposer à la « théorie des noms propres de Frege et Russell », dont il commence par expliquer tous les avantages reconnus, par rapport à une conception à la Mill (2.2.1a). Il clarifie ensuite (2.2.1b) les notions de nécessité et d'a priori et réinterprète fondamentalement la nécessité avec les mondes possibles, qui sont en fait « stipulés » (cf. ci-avant). Dans la deuxième partie, après une réfutation de la « théorie des faisceaux », Kripke présente la « théorie causale de la référence » (2.2.2a), explique la nécessité de l'identité dans le cadre de son modèle (2.2.2b). Dans la troisième, Kripke envisage les propriétés métaphysiques essentielles qui caractérisent un objet, limitant ainsi ce qu'il aurait pu être : Socrate aurait pu être boulanger, mais en tout cas il aurait été humain, comme par définition (2.2.3a). Et si Socrate n'était en fait pas humain, ce serait notre connaissance qui serait en cause, non le monde réel, d'où une notion de « possibilité épistémique » que Kripke oppose à sa possibilité métaphysique. Cela l'amène à généraliser ces considérations des noms propres aux noms d'espèce (2.2.3b) et aux phénomènes (2.2.3c), puis à les appliquer à la science ou à l'esprit (2.2.3d). Un supplément apportera quelques « précisions » (2.2.4a) et une « préface », écrite en 1980 pour la réédition, donnera des éléments sur la genèse de Naming and Necessity (2.2.4b), dont le nom de Marcus restera absent.

Le survol de ces deux textes et de leurs appendices montre dans un premier abord une richesse d'idées bien plus grande chez Kripke que chez Marcus. Les points de recoupement sont rares, et encore faut-il considérer comme communs des concepts portant le même nom dans des cadres théoriques bien différents. Il sera donc crucial d'examiner en détail les deux textes afin de déterminer la réalité de ces points communs supposés : la nature du nom propre chez l'un et l'autre, la notion de nécessité, d'a priori, etc. Comme c'est au reste ce qu'ont fait Smith et Soames, quoique sans parvenir à un accord, il faudra en outre reprendre dans le plus grand détail les arguments de ces deux auteurs avant de pouvoir espérer tirer une conclusion utile. Après une présentation des divers échanges (3.1.1), on en fera un commentaire détaillé (3.1.2) qui permettra en même temps d'établir certains points quant à la réalité de l'originalité de Kripke par rapport à Marcus.

Cependant, la polémique ne s'est pas arrêtée pas avec ces échanges : Smith a par la suite dénié à Kripke l'originalité de la « théorie causale de la référence » (qu'il avait dans un premier temps accordée car elle ne se trouve certainement pas dans le texte de Marcus), l'attribuant cette fois à Geach et à quelques autres dans une moindre mesure. On examinera donc en détail ces nouvelles prétentions (3.2.1) et ce sera là encore l'occasion d'établir un certain nombre de points. On pourra alors évaluer l'originalité de Kripke par rapport à tous les autres : l'examen déjà effectué des concepts en cause permettra de dresser un inventaire exhaustif des idées (3.2.2a), de montrer comment elles s'organisent dans Naming and Necessity (3.2.2b), et de chercher à les interpréter dans l'œuvre de Marcus (3.2.2c). Enfin, il sera temps d'effectuer la synthèse de tout cela et de dresser un tableau récapitulatif de cette partie de l'histoire de la « nouvelle théorie de la référence » et de reconnaître les apports de chacun (3.2.3). On sera alors en mesure d'établir si Marcus (ou un autre) était effectivement un précurseur, Kripke ayant alors pour seul mérite d'avoir assuré la popularité du modèle.

 

Cette étude a été présentée le 15 octobre 2000 au titre de Mémoire pour le DEA de philosophie, histoire et philosophie des sciences, de l'Université de Paris I Sorbonne. Avouons immédiatement que celui-ci n'est pas sans défauts : la masse importante d'informations a fait renoncer à une restructuration de l'ensemble du texte suivant un plan moins linéaire et sans doute plus conforme au genre académique. Ainsi, la longue introduction sur Russell ne montrera son utilité que dans la non moins minutieuse discussion technique des écrits de Smith. Cependant, dans un tel contexte polémique, il a semblé préférable de sacrifier quelque peu la forme à l'exhaustivité : un texte plus court et plus synthétique n'aurait fait qu'ajouter une couche de polémique. Quant à la restructuration intégrale, elle aurait produit un document bien plus volumineux, avec ces indispensables paragraphes complémentaires qui aménagent le parcours du lecteur, dont l'ampleur aurait été cette fois sans commune mesure avec celle d'un DEA. Néanmoins, la première partie a été largement étoffée, en vue de constituer un article autonome. Divers autres matériaux du mémoire seront recyclés dans des articles spécifiques.

Dans l'historique, le lecteur trouvera une étude d'un Russell parfois méconnu, qui doit beaucoup à H. Wettstein, mais une lecture sans doute incomplète de Frege, et peut-être une insistance insuffisante sur Quine. Smullyan et Hintikka, surtout, auraient sans doute mérité davantage de place, d'autant qu'ils proposent des réponses très précoces à Quine. Wittgenstein n'y apparaît pas du tout, mais pas davantage dans la polémique, ce qui est assez surprenant. Le texte principal de Marcus sera commenté en détail, mais il aurait peut-être fallu faire de même pour d'autres textes, qui ne seront mentionnés ici que dans la partie polémique. Il en va de même pour Kripke, dont on trouvera malgré tout une analyse complète du très important modèle sémantique de 1963. Enfin, il aurait été très intéressant de montrer comment les idées ont été utilisées par la suite…

Les symboles utilisés sont généralement habituels ; le signe à est suivi d'un numéro de paragraphe qui est en même temps un "hyperlien", donc surtout utile pour la version électronique. Les citations sont indiquées par des « guillemets en chevrons » ; les énoncés logiques utilisent une police de caractères spécifique.

Je tiens à exprimer toute ma reconnaissance à MM. les Professeurs Philippe de Rouilhan et François Rivenc qui, en acceptant d'être directeur et co-directeur de ce DEA, m'ont fait un honneur dont je mesure le prix. Cette version révisée et largement augmentée du mémoire a bénéficié des observations de M. Rivenc, et de nombreuses lectures supplémentaires. Bien entendu, l'auteur assume seul, le cas échéant, les erreurs ou les vues contestables exprimées.

 

Conclusion

L'étude de Frege et de Russell a permis de montrer que l'appellation « théorie de la référence de Frege et Russell » était loin d'être entièrement justifiée. Russell envisageait des « noms propres logiques » auxquels on aurait pu identifier les noms propres ordinaires dans certains de leurs emplois, et c'est d'ailleurs ce que lui-même fit parfois. De ce fait, Marcus semble bien avoir envisagé des noms propres logiques, dans le droit prolongement des théories de Russell, quoique de façon abusive au sens où l'objet ainsi désigné risque de ne pas exister (2.1.1b1, 3.1.2a2). Certes, à l'époque, on tendait plutôt à retenir que les noms propres cachaient des descriptions définies, mais l'étude a montré que Quine lui-même, pourtant le chantre de la « socratisation », ne croyait pas qu'elles en étaient synonymes (1.1.2e). Et l'on a vu avec Soames que Marcus n'était tout de même pas la seule à chercher dans cette direction : Smullyan et Fitch, son directeur de thèse faisaient de même, et elle reconnaissait sa dette sur ce point à leur égard (3.1.2a). Ainsi, ce sont bien trois solutions qui s'offrent au philosophe pour comprendre les noms propres ordinaires : le nom propre logique (abusif), le nom propre social de Kripke, et la description définie classique. On a vu que les deux premiers choix étaient plus ou moins équivalents sur le plan strictement logique et que Kripke apportait essentiellement une justification épistémique (3.2.2c). Il s'avère donc qu'il est sensé de comparer les deux conceptions.

Cependant, en fait de conception, celle de Marcus est pour le moins morcelée et au pire demande des interprétations des plus douteuses. Sa référence est directe au sens ou elle emploie des noms propres logiques (3.1.2a) et la référence de Kripke n'est justement pas directe, première confusion de Smith. Certes Marcus évoque des descriptions qui ne servent qu'à fixer la référence, encore que son texte soit assez peu clair, mais elle n'apporte pas grand chose par rapport à Mill (3.1.2b). Kripke au contraire posera une multitude de questions, dont « l'essentialité des origines » (2.2.3a). La nécessité de l'identité se trouve chez Kripke (2.2.2b1) et avant chez Marcus (2.1.1b1) mais encore avant chez Russell (1.2.4), chacun la présentant à sa façon (3.1.2c). Elle résulte chez Kripke de la « stipulation » (2.2.1b2) et chez Marcus au contraire dérive de la conception du nom propre logique (2.1.1b2). leurs « arguments modaux » vont donc dans des directions opposées (3.1.2d) : celui de Marcus justifie la distinction entre nom propre et description définie à partir de la référence directe des noms propres logiques, celui de Kripke, à partir de la stipulation, conduit à une désignation modalement stable, c'est-à-dire rigide (3.1.2e) mais pas directe. Encore faut-il accorder la désignation (métaphysique) à la modalité (contrefactuelle), ce qui est clair chez Kripke mais très confus chez Marcus. Quant à l'a posteriori, c'est une notion absente chez Marcus (2.1.1b4) mais magistralement exposée chez Kripke (2.2.1b1) et les arguments de Smith atteignent là un sommet dans l'invraisemblable (3.1.2f). Si Soames a peut-être une trop grande réticence à reconnaître les idées en tant que telles, Smith ne les voit que chez Marcus : ses interprétations extrêmement partiales vont bien au delà du texte pour Marcus mais bien en deçà pour Kripke. En fin de compte, on peut créditer Marcus de quelques idées hétérodoxes, quoique surtout hétéroclites, mais Kripke présente un système original, complet et cohérent.

Quant aux autres auteurs, le travail de Smith n'est guère plus probant. Les descriptions erronées de Donnellan n'enlèvent rien aux mérite de Kripke, qui d'ailleurs le mentionne (3.2.1a). La théorie causale de la référence est effectivement abordée par Geach, mais on peut la faire remonter, sous une forme à peine plus rudimentaire, à Russell, et seul Kripke en tire réellement parti (3.2.1b). La désignation rigide est celle des noms propres logiques chez tous les auteurs que cite Smith, qui semble ne pas percevoir l'importance décisive de la « stipulation » pour assurer la rigidité des noms propres sociaux (3.2.1c). Smith ne saisit pas davantage le caractère métaphysique de la nécessité que propose Kripke, basée sur des constituants essentiels (la matière, par exemple) et non, seulement, sur le fait que les mondes possibles ne couvrent pas l'intégralité de l'espace logique, ni même sémantique (3.2.1d). Enfin, Smith attribue à Plantinga la reconnaissance de nécessités a posteriori avec les noms propres, mais néglige que cela avait déjà été remarqué par Quine (2.1.3a) peu après l'exposé de Marcus. L'originalité de Kripke est peut-être moindre ici, encore qu'il clarifie les notions et les intègre dans un tout cohérent (3.2.1e). Ce qui précède montre amplement que Naming and Necessity est un travail original et important, peut-être l'un des plus importants sur la théorie de la référence depuis Russell. Naturellement, cela ne signifie pas que tout, absolument tout, est profondément original.

Il est apparaît donc que les questions soulevées par Smith, d'abord avec Marcus, puis avec d'autres, toujours contre Kripke, ne méritaient pas autant de polémiques et de publicité. Elles résultent d'une lecture rapide des différents auteurs, d'une analyse zélée, et sans doute d'un caractère ardent… Ce serait pourtant dommage de considérer ses objections simplement comme nulles et non avenues car la théorie de la référence présente un très grand intérêt philosophique et historique par la richesse et la subtilité des idées qu'elle met en œuvre. D'ailleurs, certaines de ses remarques sont justifiées et intéressantes, une fois ramenées à leur juste proportion et rapportées à leur contexte : Marcus a effectivement été plus loin que Smullyan, et Geach a effectivement imaginé une partie de la théorie causale de la référence avant Kripke. Mais, il est clair que Kripke est de loin le seul à avoir construit un ensemble cohérent avec des éléments a priori disparates, choisis et adaptés pertinemment. Il est clair aussi que Kripke a su promouvoir très efficacement son travail…

 

La « nouvelle théorie de la référence » ne s'oppose pas vraiment à une « ancienne théorie », mais en reprend certains éléments, justifie certains usages abusifs, et intègre certaines idées, nouvelles ou jusqu'ici étrangères, tout cela dans une synthèse originale et remarquablement cohérente. Kripke s'inscrit donc malgré tout dans la continuité des travaux sur la théorie de la référence : il reprend les acquis depuis Russell (et accessoirement Mill), et lui-même est le point de départ de nombreux développements.

Les apports décisifs de Kripke dans la clarification de ces notions sont une synthèse après l'antithèse apportée par Quine avec ses considérations autour de la synonymie (1.2.1c), ce qui fournira un socle commun aux théories de Marcus et de Kripke. Il ne faudrait pas non plus réduire Kripke à Naming and Necessity bien que ce soit indubitablement son travail le plus populaire. Ses travaux sont peu nombreux mais généralement importants et originaux. On l'a vu en outre ici avec son modèle des mondes possibles de 1963. Ainsi, quel que soit le prétexte, on ne peut pas ne pas compter Kripke parmi les grands philosophes analytiques du XXème siècle.

 

 

Références

En bleu, les références indirectes non lues par l'auteur

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Table

1. Les théories de la référence 9

1.1. L'individu 9

1.1.1 Sens et référence 9

a Les précurseurs 9

b Frege 9

1 L'écriture 9

2 Le sens 1110

3 La référence 1110

c Russell 1312

1 Le sens 1312

2 Les considérations épistémiques 1614

3 La réécriture des descriptions définies 1715

d Quine 1816

1 Le sens 1816

2 Les considérations épistémiques 1917

1.1.2 Les descriptions définies / les noms propres 2018

a Mill 2018

b Frege 2119

c Russell 2321

d Jespersen 2523

e Quine 2624

1 Les termes singuliers et les contextes opaques 2624

2 L'élimination des noms propres 2725

f Geach 2927

1.1.3 La désignation de l'objet 3028

a Hume 3028

b Mill 3028

c Russell 3129

d Geach 3230

1.2. Le monde 3331

1.2.1 Les notions de base 3331

a Syntaxe / sémantique 3331

b Logique, sémantique, métaphysique 3432

c La synonymie 3633

d Connaissance, représentation, réalité 3734

1.2.2 Les logiques formelles 3836

a La logique classique 3936

b Les logiques modales 3937

1.2.3 Les sémantiques formelles 4038

a La logique classique 4038

b Les premiers modèles (1957 - 1960) 4139

c Le modèle de Kripke (1963) 4340

d Les propriétés formelles 4442

1.2.4 L'identité et la quantification en logique modale 4542

a Quine 4643

1 Le paradoxe de Quine 4643

2 Le dilemme intension / essentialisme (et le paradoxe du mathématicien cycliste) 4744

3 La prohibition 4845

b Smullyan 4946

c Føllesdal 5047

d Marcus 5148

1 Les idées précoces 5148

2 La formule de Barcan 5149

2. Marcus et Kripke 5350

2.1. La théorie de la référence de Marcus 5350

2.1.1 L'article de 1961 5350

a Les langages intensionnels 5350

b L'identité, la substitution et les tags 5451

1 La nécessité de l'identité 5451

2 L'argument modal 5552

3 La différence sémantique ; les « tags » 5653

4 La différence épistémique 5754

5 Applications 5855

c Quantification, modalité et sémantique 5956

2.1.2 La discussion de 1962 6057

a La quantification 6057

b L'essentialisme 6158

c Les noms propres 6259

1 Marcus 6360

2 Kripke 6360

2.1.3 Les interventions ultérieures 6562

a La réponse de Quine 6562

b Le « regard en arrière » de Marcus 6562

2.2. La théorie de la référence de Kripke 6764

2.2.1 La première conférence 6764

a L'approche 6764

1 L'introduction 6764

2 La notion de nom propre 6764

3 Frege, Russell et Mill 6865

b Les idées 6966

1 Nécessité, analyticité et aprioricité 6966

2 La stipulation 7067

3 L'identité à travers les mondes 7067

4 Désignation, définition, identification 7168

5 Les propriétés 7269

2.2.2 La deuxième conférence 7370

a La référence 7370

1 La théorie du faisceau 7370

2 Les insuffisances de la théorie du faisceau 7471

3 La théorie causale de la référence 7572

b L'identité 7673

1 La nécessité de l'identité 7673

2 La possibilité épistémique (I) 7774

2.2.3 La troisième conférence 7875

a Les propriétés essentielles 7875

b Les espèces 7976

c Les phénomènes 8077

d Remarques finales 8279

1 Conditions nécessaires et suffisantes 8279

2 La possibilité épistémique (II) 8380

3 L'esprit 8380

2.2.4 Les ajouts ultérieurs 8481

a Le supplément 8481

1 Les licornes et la fiction 8481

2 Autres remarques 8582

b La « préface » de 1980 8582

3. La nouvelle théorie de la référence 8784

3.1. La polémique : Kripke ou Marcus ? 8784

3.1.1 Les textes 8784

a La dénonciation de Smith 8784

b La réponse de Soames 8885

c La réponse de Smith 9087

d La ré-réponse de Soames 9188

e Le complément de Burgess 9188

3.1.2 Les arguments 9390

a Les noms propres directement référentiels 9390

1 Les interprétations de Smith 9390

2 La référence directe de Smullyan 9491

b Les descriptions seulement définitionnelles 9592

c La nécessité de l'identité 9794

1 La nécessité entre variables et noms propres 9794

2 L'instantiation universelle et la généralisation existentielle 9895

3 La nécessité de l'identité avec les noms propres logiques 9996

d L'argument modal 10097

1 Les noms et l'argument modal 10097

2 La nécessité de l'identité et l'argument modal 10198

3 Les arguments modaux 10299

e La désignation modalement stable 104101

1 La désignation rigide 104101

2 La référence directe 105102

3 Le choix crucial de la modalité 106103

f Les nécessités a posteriori 107104

1 Les identités a posteriori 107104

2 Le métalangage 108105

3 Deux notions 110107

g L'argumentation contre l'essentialisme 111108

1 L'essentialisme et l'épistémique 111108

2 L'essentialisme et la nécessité 112109

3.2. L'originalité de Kripke 114111

3.2.1 Kripke et les autres 114111

a Les descriptions définies autrement 114111

b La théorie causale – historique de la référence 116113

1 La fixation de la référence 116113

2 La chaîne de connaissance 117114

c La désignation 119116

1 La référence rigide 119116

2 De re et de dicto 120117

d Les modèles et la métaphysique 121118

1 La nécessité métaphysique 121118

2 Les modèles 122119

e Les nécessités a posteriori 123120

3.2.2 Les idées 124121

a L'inventaire des idées 124121

b L'organisation des idées dans Naming and Necessity 125122

1 Le langage 125122

2 La réalité 126123

3 La conception : l'épistémique et le métaphysique 127124

c Une variante possible 128125

1 Le langage 128125

2 La réalité 128125

3 L'épistémique et le métaphysique 129126

3.2.3 De Russell à Kripke 129126

a La comparaison point par point 129126

1 La désignation 129126

2 La théorie causale de la référence 131128

3 Les modèles 132129

b Comparaison d'ensemble 133130

c Une opinion possible 135132